JUSTINE
GUERRIAT
Justine Guerriat s’intéresse au familièrement étrange, à ce sentiment d’inquiétante étrangeté introduit par Freud et ensuite largement relayé par les surréalistes. Ce sentiment a trait à l’atmosphère particulière qui peut peser sur les objets ou les êtres qui nous sont pourtant familiers. Elle cherche cette atmosphère dans les détails que la photographie a la capacité de mettre en exergue. C’est en effet en détachant des fragments du flux quotidien et environnant, que Justine Guerriat tend à rendre autonome et « nouveau » des éléments de tous les jours. C’est le cas dans la série "Microcosme", où la photographe s’arrête notamment sur la toile déchirée d’un parapluie tenue à bout de bras par un homme dont seule la main apparaît dans le cadre. Ce parapluie semble soudain perdre sa nature initiale, dès lors qu’il nous apparaît comment n’étant plus qu’une masse de plastique bleu ne faisant plus effet contre la pluie. Qu’advient-il donc de l’objet usuel lorsqu’il se transforme ? Ou encore, et de manière plus générale dans ce travail, qu’advient-il du sujet lorsqu’on s'y attarde « autrement » ?

La série d’images en noir et blanc "Domestique" investit également un environnement immédiat marqué par l’inquiétante étrangeté. Il s’agit de photographies d’objets trouvés dans des maisons, que Justine Guerriat met cette fois-ci en scène dans les lieux mêmes. Ce ne sont donc plus des détails captés sur le vif mais des associations élaborées avec soin et empreintes de bizarrerie. Les compositions et le cadrage frontal des photographies (offrant toujours au regard un même volume soutenu par une même horizontale) nous révèlent la dimension sculpturale et anthropomorphique des objets. Que se passe-t-il lorsqu’une balayette s’associe à un arrosoir, ou lorsqu’un citron se couple avec un photophore ?

Une autre série s’intitule "Carrotages". Elle nous donne à voir une large gamme d’éléments (arbre, panneau, morceau de fer, poubelle, monticule…) que Justine Guerriat repère dans le réel et qui s’offrent au centre de l’image comme le punctum décrit par Roland Barthes : une accroche du regard interpellant la sensibilité de l’observateur.
Les lieux où Justine Guerriat réalise les images de cette série sont ceux de son pays natal, les paysages de la Belgique et ses campagnes. Néanmoins, elle n’hésite pas à être réceptive à de semblables évènements photographiques lors de ses escapades à l’étranger. C’est l’un des aspects importants de la pratique de Justine Guerriat: elle travaille la photographie comme un instrument de mesure pour évaluer ce et ceux qui l’entourent.

L’objet n’est effectivement pas le seul centre d’intérêt de Justine Guerriat; l’être humain tient aussi une grande place dans son travail. Un objet ne peut d’ailleurs s’appréhender selon elle qu’à travers un attachement particulier pour l’homme. Il y a en fait des allers retours constants entre l’homme et l’objet dans son travail.
C’est précisément le cas dans la série "Icônes" qui présente un ensemble de tirages noir et blanc de format carré dont le grain est particulièrement prononcé. Ces tirages montrent des visages endormis, à la fois ouverts et fermés à l’au-delà. Ce grain de l’image et l’aspect sculptural des visages semblant taillés dans la pierre (tels les gisants d’autrefois) font de tels sujets des objets.

La relation unissant les êtres humains aux objets est également explorée dans un important projet appelé "Objectils". Les images ici semblent quasi abstraites. Elles présentent des silhouettes d’objets superposés les uns par-dessus les autres par transparence et il en résulte des images spectrales. Ces objets diaphanes ont en fait été récoltés par Justine Guerriat auprès des habitants d’une région située en périphérie de deux carrières de Belgique, celle de Quenast et de Soignies. Justine Guerriat a fait du porte-à-porte et a demandé à chaque personne rencontrée de donner un objet qu’elle était prête à abandonner. Une récolte s’est ainsi constituée et a servi de matériel de départ pour les images. Le fait que ces objets aient été extraits dans des régions minières a pour Justine Guerriat une importance. Par son innocente démarche au porte-à-porte, elle ré-itère un geste consistant à extraire un élément de son environnement d’origine (tout comme l’objet personnel de chaque habitant se retrouve éloigné de son domicile dans l’image). Au final, c’est cette idée « d’extraction » dans un sens abstrait qui a ici toute son importance.

Deux autres idées traversent encore le travail de Justine Guerriat: une idée de cartographie et une idée associant l’unique au multiple. Elles s’illustrent notamment dans la série "Les Donneurs". Nous voyons ici un groupe de cinquante-deux photographies couleur de format carré et de trente centimètres de côté, qui sont présentées sur le mur en un vaste panorama. Chaque image présente un détail de peau dont le centre est marqué par la trace de l’aiguille qui a servi à récolter un don de sang. Une telle image a quelque chose tout à la fois de singulier et d’universel : toutes les peaux et les cicatrices forment le même motif mais il s’agit bien sûr à chaque fois d’individus particuliers. C’est dans un tel rapport que se joue le lien entre unique et multiple.

Actuellement, Justine Guerriat désire approfondir sa recherche photographique sur l'inquiétante étrangeté. Elle prévoit un long voyage à l'étranger qui lui permettra d'approcher d'autres atmosphères et territoires. 





Justine Guerriat, belge, née en 1990 - info@justineguerriat.be
2014-2015 / "L'endormi(e): Figure et forme", en collaboration avec l'ULB, Bruxelles.
2012-2015 / Master en arts visuels et de l'espace, Photographie, La Cambre, Bruxelles.
2009-2012 / Baccalauréat en techniques de l'image, Photographie, INRACI, Bruxelles.
Mars - Mai 2016, exposition de groupe "Unknown Masterpieces", Fotofestival, Cultuurcentrum Scharpoord, Knokke-Heist.
Novembre - Décembre 2015, exposition individuelle "Familiarités", Parlement Francophone, Bruxelles.
Juin 2015, La Cambre Photographie - exposition de groupe, Botanique, Bruxelles.
Decembre 2014 - Mai 2015, exposition individuelle, Galerie Le Soir, Musée de la Photographie, Charleroi.
Juin 2014, La Cambre Photographie - exposition de groupe, Trademart, Bruxelles.
Septembre 2013, Look Away - exposition de groupe, KVS, Bruxelles.
June 2013, La Cambre Photographie - exposition de groupe, Botanique, Bruxelles.
Juin 2012, Inraci Photographie, exposition de groupe, Tour et Taxis, Bruxelles.
Avril 2011, Rodeart, parcours d'artistes, Rhodes-Saint-Genèse.
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Justine Guerriat is attracted to the familiar incongruity, to the feeling of worrying strangeness that has been introduced by Freud and relayed by surrealists. This feeling relates to the particular atmosphere hanging over objects or persons although there are well known. She is seeking this atmosphere in the details which photography is able to highlight. Indeed, it is by extracting fragments of daily life that Justine Guerriat tries to make these element autonomous and « new ». This can be noticed in the work « Microcosmes » where photography draws attention to the torn fabric of an umbrella, held at arm’s lenght by a man from whom only the hand appears in the frame. Suddenly this umbrella seems to lose its initial nature since then it appears such a blue plastic mass without any effect of the rain. What happens then to the well known object-or things- when they transform ? Or, more generally speaking, what happens to the subject when we linger on it differently ?

The black and white serie « Domestic » explores again the immediate environnement marked by worrying strangeness. These pictures show compositions of objects found in different houses and assembled by Justine Guerriat in the places they belong. Therefore these are not anymore pictures taken on the spot but associations build with care and stamped with oddness. The composition and the frontal framing of these pictures (always offering to the sight the same volume supported by the same horizontal line) reveal the object sculptural dimension. What happens when a brush get along with a waterling can or when a lime couples with a candle jar ?

Another serie of pictures is called « Carrotages ». These works show a large serie of elements (tree, billboard, piece of iron, trash can, mound) which Justine Guerriat spots in the reality, offering themselves to the image center like the punctum described by Roland Barthes ; a dight catcher, calling for the observer’s sensitivity. Justine Guerriat works with the rural landscapes of her native Belgium. However, she is receptive to the similar photographic phenomenons during travels abroad. This is one of the most important side og Justine Guerriat’s. It is precisly the case of the serie of pictures « Icons » which show squared black and white photo prints with a very prononciated grain. These works show sleeping faces, simultaneously open and closed to the hereafter. The image grain and the sculptural aspect of the faces-which seem to be cut out from stone- transform these subjects into objects.

The relationship between humans and objects has been studied in an important project called « Objectils ». The pictures seem almost abstract. These are showing juxtaposed object outlines through transparancy, and spectral images come out of them. These diaphanous objects were collected by Justine Guerriat in homes of inhabitants of belgian periphery nearby Soignies and Quenast, old mining quarries. Justine Guerriat, through door to door asked each person she met to give an object that she was ready to abandon. She then created a collection to start her serie. The fact that these objects where extracted from mining ground was important for Justine Guerriat. Through this innocent door to door process, she repeats the action of extracting something from its « native » environnement. It is therefore the idea of extraction in its abstract sense that is important here.

Deux other ideas get through Justine Guerriat’s work. An idea of cartography and an idea of associating the unique and the numerous. These two ideas are illustrated in the serie « Les donneurs ». This serie consists of fifty two squared colored pictures, that are shown on the wall in a vast panorama. Each image represents a skin detail which the centre is marked by the needle used to collect the blood. Such an image has something singular and universal. All the skins and the scars form the same pattern but of course each person is individual. It is this way that the link between the unique and the numerous is relevant.

Justine Guerriat wants to deepen her photographic research about worrying strangeness. She plans a long travel abroad to be immersed into other atmospheres and territotories.







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